Nouakchott est la capitale de la Mauritanie depuis 1957 (auparavant la capitale était Saint-Louis), au bord de l’océan Atlantique. Nouakchott a été créée sur une zone de campement. Les nomades viennent de temps à autre séjourner autour de la capitale qui a pris rapidement l’aspect d’une ville moderne.
Le nom de cette ville, Nouakchott ou Noiakchott selon les retranscriptions, a donné lieu à plusieurs traductions, dont cinq principales :
• « lieu où apparaît l’eau quand on creuse un puits »
• « terrain où les coquillages abondent »
• « l’endroit au pâturage salé »
• « là où souffle le vent »
• « le sans-oreilles »
Chott peut signifier « plage » ou « estran ». Noua en arabe hassaniya (dialecte maure) serait « baie ». On traduirait littéralement Nouakchott par « la plage de la baie ». Bien que le littoral mauritanien ne présente aucune baie aux abords de Nouakchott, la forme de la côte y est légèrement creuse. Nouakchott était à l’origine un camp militaire français, construit de toutes pièces, où les Mauritaniens n’avaient pas l’habitude de séjourner. Le nom serait donc apparu tardivement (début du XXe siècle).
Les principaux quartiers, constituant des communes urbaines administratives, sont :
• Arafat
• Dar Naim
• El Mina
• Ksar
• Riyadh
• Sebkha
• Tevragh Zeina
• Teyareth
• Toujounine
En 2014, le conseille des ministres a annoncé un nouveau découpage administratif de la capitale Nouakchott en trois willayas (région), en fonction de trois moughatas (commune) pour chaque wilaya.
Les trois wilayas sont : Nouakchott-Ouest (communes : Leksar, Tevragh zeina et sebkha), Nouakchott-Sud (commune : Arafat, Elmina et Riyad) et Nouakchott-Nord (communes : Toujounine, Dar Naim et Teyaret).
Les chefs-lieux de ces wilayas seront localisés au centre des circonscriptions constituant chaque wilaya, selon le projet de décret relatif à la restructuration de Nouakchott.
Cette nouvelle réorganisation, justifiée par des raisons de sécurité et par la volonté de mettre un terme au vide administratif, va faire passer le nombre des wilayas du pays de 13 à 15 willayas.
Histoire
L’explosion urbaine de Nouakchott
Nouakchott est une ville très récente, née d’une volonté politique affirmée. Nouakchott est une ville créée de toute pièce pour être « l’indispensable expression de l’affirmation et de l’unité de la Nation mauritanienne » comme l’affirmait le président Mokhtar Ould Daddah en décembre 1957. L’objectif était de donner une capitale indépendante par rapport au Sénégal (Saint-Louis du Sénégal).
Nouakchott est née de rien : en 1957, lorsque le chef-lieu du territoire de la Mauritanie, qui n’était pas encore indépendante, y a été transférée il n’avait que le ksar qui existait depuis 1903 et où était construit un fort, avant-poste de la colonisation française.
Nouakchott est le produit de la fusion entre ce ksar et la cité administrative construite à partir de 1958.
Pour donner un autre ordre de grandeur, entre 1962 et 1990, la superficie de la ville est passée de 240 à 8 000 hectares, et la population a été multipliée par 81 entre 1959 et 1988.
Les causes de l’explosion urbaine sont d’ordre à la fois économiques, sociologiques et psychologique.
• Un processus de sédentarisation couplé à une croissance démographique importante (démographie de transition) ont entraîné une émigration importante des villages aux villes. En effet, le milieu naturel mauritanien ne permet pas une forme d’agriculture capable de nourrir et de faire travailler l’ensemble de sa population. Le milieu est essentiellement saharien ou sahélien (hormis aux abords du fleuve Sénégal), et l’agriculture mauritanienne repose essentiellement sur un modèle agro-pastoral (avec un nomadisme développé). La fragilité du milieu naturel ne pouvait donc pas absorber la croissance démographique.
• De plus, le colonialisme avait déjà en partie remis en cause les valeurs qui permettaient le nomadisme, fondé sur l’autorité des chefs. Les sécheresses des années 68 à 73 ont accéléré de manière spectaculaire la sédentarisation : les seules possibilités de se prémunir de la famine résidaient alors dans les villes (distribution de nourriture, soins...), et les nomades une fois sédentarisés étaient peu disposés à repartir vers les zones rurales. Cette sécheresse a ruiné les éleveurs et réduit fortement la production céréalière pour quelques années.
• On peut aussi ajouter différentes motivations à l’émigration vers les villes, notamment l’attrait que la ville constitue pour l’ensemble de la population (emplois, accès à l’éducation et à la santé, meilleures conditions de vie...), cela est d’autant plus vrai pour Nouakchott qui est une capitale aux fonctions politiques, administratives et culturelles (administration, justice, armée, enseignement...).
Ce double phénomène de croissance démographique et de sédentarisation a donc entraîné une croissance urbaine sans précédent qui a entraîné le dépassement des plans successifs d’urbanisation de la ville de Nouakchott et donc une augmentation régulière de l’habitat informel.
Pour donner une idée de ce changement en profondeur de la société mauritanienne, entre 1962 et 1985 le nomadisme est passé de 75 % à 15 % environ de la population (tendance encore accentuée aujourd’hui mais manque de données).
La population urbaine représentait 6,4 % de la population totale en 1962, et Nouakchott représentait alors 0,6 % de la population. Aujourd’hui Nouakchott représente à elle seule entre 25 et 30 % de la population mauritanienne.
On peut constater que le développement de la ville de Nouakchott est linéaire (le long de certains axes) et discontinu.
Armelle choplin : Nouakchott au carrefour de la Mauritanie et du monde – Page 71
Date de publication 01/12/2009
Editeur
Karthala
— Un pays sans capitale est comme un corps sans tète)
Ainsi s’exprimait Moktar ould dadah, premier président de la République Islamique de Mauritanie, devant les journalistes en 1959. A l’Independence, le besoin dune capitale a l’intérieur même du territoire mauritanien se fait pressent. Dans l perspective de donner une tète a ce corps naissant qu’est la Mauritanie, une ville est crée de toutes pièces Nouakchott. Ce n’est- donc véritablement qu’après la colonisation que la ville acquiert un rôle de plus en plus déterminant. Symboliquement, elle devient la pierre d’achoppement du nouvel Etat naissant. Deux voles essentiels lui sont conférés : le premier est d’ordre fonctionnel puisqu’elle est amenée à centraliser l’appareil bureaucratique permettant la colonisation de l’espace politique moderne. En cela, elle est censée légitimer et représenter le nouveau pouvoir. Le seul rôle est plus idéologique puisque elle doit faciliter la construction et l’unification de la nation. Pour les dirigeants de l’époque, il n’est de nation sans fusion entre un espace et des hommes, entre un territoire et un peuple, susceptible de se reconnaitre en un même lien de fonction : la capitale
La ville s’est étendue vers le sud et l’est de manière assez importante (les vides ont été comblés), il est assez probable que les zones d’habitat informel (kébbés) ont été repoussées vers les périphéries et que les kébbés sont devenus des zones d’habitat évolutifs. Le noyau de la ville est constitué du ksar, noyau originel de Nouakchott, et du quartier du marché (médina) séparés par la cité administrative (ministères, présidence). C’est « le Nouakchott que tout le monde connaît ». Cet ensemble qui est la jonction entre l’ancien ksar et la partie de la ville ayant la fonction de capitale a été construit avant 1975. Ce noyau est bordé par une zone d’habitat de moyen standing qui était au départ prévu pour accueillir l’ensemble des fonctionnaires de la cité administrative. Il était prévu d’y construire des habitats collectifs (barres de trois étages max) pour les logés. Une première vague a été construite, 200 logements. Mais rapidement les fonctionnaires les plus aisés et les expatriés ont quitté ces barres peu agréables pour des quartiers plus agréables à vivre (quartier nord-ouest, résidentiel de haut standing). Cet forme d’habitat a été délaissé, mal utilisé (familles nombreuses), et le projet abandonné.
L’habitat de moyen standing est plutôt classique pour un pays musulman, comparable à l’habitat de la médina, il évolue souvent en même temps que la famille et ses revenus (agrandissements successifs), sur une base carrée ou rectangulaire, parfois avec une cour carrée au milieu.
Les zones dites d’habitat évolutif (ou Gazra) et de kébbé sont les zones d’habitat informel ou d’ancien habitat informel. Ce sont les zones produites par l’explosion urbaine de Nouakchott et la périurbanisation (extension des espaces périurbains).
Le kébbé est la zone par excellence de l’habitat informel : c’est le nom de ce que l’on nomme globalement bidonville. Ce sont des quartiers d’habitat spontané sous-intégrés. Le terme de kébbé, viendrait du mot hassanya (langue arabo-berbère) « ordure ».
L’habitat évolutif est l’habitat basé sur l’évolution de certains kébbés légalisés par les autorités, on les appelle aussi Gazra. Ces anciens kébbés ressemblent à de véritables quartiers par un processus de consolidation et de construction, grâce à certains des occupants qui cherchent à valoriser ces zones. Ils bénéficient par la suite d’un meilleur accès à l’eau, aux transports, à l’éducation et à la santé qui sont les problèmes récurrent des kébbés.
Particularités du logement informel à Nouakchott
Les kébbés de Nouakchott ont des particularités spécifiques. Les bidonvilles, quel que soit l’endroit dans le monde, sont des zones d’habitat sous intégrés d’habitat spontané : non prévu par les plans d’urbanisme et non légal.
Toujours présente, la tente traditionnelle
Ces quartiers constituent souvent une zone de transition entre la ville au sens propre et l’espace rural d’où proviennent les populations de ces quartiers. C’est particulièrement vrai pour les kébbés, qui en plus de cela conservent certaines traces du nomadisme.
En effet, les kébbés sont l’agglomération de plusieurs espaces fonctionnels contigus délimités ou non par un enclos. Les abris se résument souvent à la baraque (matériel de récupération) ou à la tente (persistance d’une culture nomade), parfois les deux en même temps.
Kébbé type : tente, baraque, coin cuisine, enclos à animaux.
• Tente pour les heures les plus chaudes de la journée (pratique cependant en recul).
• Baraque pour dormir, coin cuisine à l’extérieur.
• Présence d’animaux dans un enclos ou vaquants librement autour, mal nourris. C’est une ressource d’appoint pour les familles.
Ces ensembles forment un enchevêtrement dense et inorganisé, c’est un quartier sans plan où l’on passe où on veut entre les tentes et baraques.
Les constructions en dur sont rares (dû à la situation juridique précaire de cet habitat).
Le mode de vie du kébbé est symbolique de la transition du modèle agro-pastoral dominant en Mauritanie, au mode de vie urbain. Cette solution transitoire est parfois préférée à l’installation dans les unités standardisées, préfabriquées des constructions étatiques (même si ce modèle est limité à Nouakchott par l’absence de moyens étatiques). Les kébbés sont aussi les lieux d’une culture à la croisée des chemins : métissage des cultures peuls, toucouleurs, wolofs avec la culture maure malgré une tendance à la séparation de la ville en quartiers ethniques facilement explicable par le fait qu’un nouveau-venu s’installe d’abord près des gens qu’il connaît ou qui ont la même origine.
Commerce de rue
Il y a une réelle corrélation entre les habitants de ces quartiers et ceux des quartiers dits d’habitat évolutif et l’économie informelle qui constitue l’un des principaux moyens de subsistance (commerce de rue, emplois non déclarés, micro-entreprises non déclarées, travail à domicile...). L’extension de la ville s’est faite par l’extension non contrôlée des kébbés, seule solution pour les populations émigrés et défavorisée arrivant à Nouakchott pour résoudre le problème du logement de manière économique.
Cette extension non-contrôlée de la ville a longtemps été la règle, la prise de conscience de ce phénomène d’extension massive de l’habitat informel a été relativement tardif et longtemps considéré comme dû à une situation conjoncturelle par les autorités.
Ce n’est qu’à partir de 1974 que les autorités, face au risque de bidonvillisation


