Quand la culture devient un moyen de cohabitation pacifique : El Medh Nebewi un art chanté par les serfs…et dont se sont réjouis les Maîtres
El Mehdi Ould Lemrabott - El Medh Nebewi en Mauritanie (chants faisant les louanges du Prophète Mohamed Paix et Salut sur Lui), est un art transmis de génération en génération au point de bénéficier de sa propre saison annuelle, devenue lieu de rencontre de ses férus compositeurs, chanteurs et poètes.El Medh Nebewi est lié à la mémoire collective mauritanienne et à la vie du Prophète Mohamed PSL. Il est sacré chez le peuple de ce pays, au point que « « toute partie du corps humain qui danse sous l’effet de ses mélodies est affranchie de l’enfer » considère-t-on.
Le mois du Ramadan est connu pour être une saison d’El Medh Nebewi pour les mauritaniens, au cours duquel, sont organisés les concours, les festivals et les soirées animées par des chanteurs et artistes professionnels. Entre El Medh Nebewi et les mauritaniens, c’est toute une histoire.
Certains chercheurs l’ont considéré comme un héritage de la tradition chiite était vécu dans le pays, avant l’expansion du rite malékite dans les quatre coins de la Mauritanie.
Les mauritaniens organisaient chaque nuit, par le passé et aujourd’hui, des veillées traditionnelles appelées « Ijmaa », (assemblée), les soirs de chaque lundi et vendredi, au cours desquelles, ils glorifient à travers les chansons et les poèmes, les miracles, les qualités et les conquêtes du Prophète Mohamed PSL.
La classe des esclaves et des « haratines » (anciens esclaves) est une frange célèbre au sein de cette société multiethnique, qui organise ses veillées chantantes, axées sur des airs joués en chœur faisant les louanges du Prophète, dans une ambiance festive dansante, alors que le rôle de la frange des « maures », se limitait à contribuer à créer les poèmes sans les chanter.
Les esclaves et les haratines organisaient ces veillées qui se poursuivaient jusqu’à l’aube pour se délester d’une longue journée de travail au service des maîtres, dans un désert aride et impitoyable.
Les chefferies beydhânes se réjouissaient d’écouter ses veillées chantantes, qui servaient de moyen de cohésion entre les deux franges, bâtie sur l’approfondissement de l’attachement des deux catégories à l’amour du Prophète PSL, qui est l’un des rares dénominateurs communs, s’il n’est l’unique qui réunit les maîtres et leurs disciples de Chinguitty (autre appellation de la Mauritanie).
Brahim Ould Bilal Ould Ramdhâne, expert dans le domaine d’El Medh Nebewi, affirme que ces veillées chantantes forment une partie intégrante de la religion de cette société ainsi qu’une sorte de mysticisme « pour « nourrir l’esprit ».
Il pense également que les poèmes psalmodiés ne sont pas soumis aux règles connues dans la musique et la poésie, voire même pas à celles de la grammaire, précisant qu’ils représentent un genre particulier, où l’esprit s’élève au dessus de tout, se concentrant sur le seul amour du Prophète Mohamed « .
Le rôle d’El Medh Nebewi dans la coexistence sociale à l’aune de la diversité culturelle
Ould Bilal Ould Ramdhâne poursuit en rappelant que les mauritaniens organisaient dans le passé lointain, chaque lundi et vendredi soir, des veillées chantantes traditionnelles appelées « Ijmaa », au cours desquelles, les chanteurs fredonnent des poèmes relatant les prodiges, les qualités et les invasions du Messager d’Allah, PSL.
El Medh Nebewi chez les mauritaniens ne s’est pas uniquement limité à chanter les qualités du Saint Prophète et de ses compagnons, mais, avait joué également, un rôle important dans la préservation de la paix civile et de la coexistence sociale, à l’aune des contradictions sociales et économiques, dont les mauritaniens ont souffert les conséquences et continuent encore d’endurer certaines de ses séquelles malgré les efforts des pouvoirs qui se sont succédés dans le pays en vue de régler les contradictions.
La tradition d’El Medih Nebewi demeure à ce jour, six décennies après le passage de la société mauritanienne nomade à l’Etat moderne, intacte. Mais, il n’est plus un simple moment de confort spirituel pour chanter les louanges du Saint Prophète et de ses compagnons.
En effet, il bénéficie aujourd’hui d’un rôle de premier plan dans le maintien de la paix civile et de la coexistence sociale, servant de forteresse aux tensions ethniques connues par le pays, en raison de la persistance de l’esclavage et de ses séquelles, en dépit des efforts déployés par les différents gouvernements qui se sont succédés aux commandes de la Mauritanie afin de résorber ces entorses.
Les chanteurs du Medh ont dessiné dans leurs veillées une image unique de la diversité ethnique et culturelle, dont ils sont parvenus jusqu’à présent, à maintenir les atouts et les éléments dans un pays qui souffre de l’incapacité à faire face aux défis de la « séparation ».
La nouvelle génération des chanteurs du Medh en Mauritanie, pense qu’elle est tenue plus que jamais à poursuivre la voie empruntée par ses ancêtres, que la Mauritanie a besoin de renforcer son identité nationale dans le contexte de la diversité culturelle en sa qualité de droit naturel, donnant primauté à la vie, revigorant les cultures, développant le sentiment d’identité, consolidant le respect de la diversité culturelle et de la capacité « créative » et aidant à éliminer les foyers de tension ethnique dans le pays.
De voies multiples pour un objectif unique
Si El Medh Nebewi est une culture répandue dans la société mauritanienne, toutefois, la manière avec laquelle, il est chanté, diffère d’une ethnie à une autre, d’une frange à une autre.
La frange des « haratines » ((anciens esclaves), est celle qui s’adonne le plus en Mauritanie à l’art des louanges du Prophète. Elle est fortement attachée à sa promotion et à son ancrage au point qu’El Medh est devenu son art unique.
Les chanteurs « haratines » se performent aux coups du tambour et aux sons des applaudissements (claques des mains) de l’équipe qui en fredonne en chœur les louanges du Prophète, en l’absence de tout autre instrument de musique.
Dans le passé, de grandes foules se rassemblaient en cercle à une heure tardive jusqu’aux premières heures de l’aube, autour des chanteurs du Medh. Mais aujourd’hui, les chanteurs du Medh produisent sur scène, dans de grandes salles, face à un public nombreux, assis sur des chaises, écoutant des chansons, lui remémorant ses ancêtres, invoquant à travers leurs chants un beau temps « si seulement ses jours avaient été créés pour perdurer ».
Le Medh diffère aussi chez les bergers qui le pratiquent, qu’ils chantent en marchant derrière les troupeaux de leurs maîtres dont ils avaient la garde. Le Medh chez les griots (Igawen -artistes) diffère également avec son précédent, sur le plan de l’exécution, du fait que les Igawens exercent la profession de l’art et exécutent El Medh avec des instruments musicaux plus développés.
Conclusion
El Medh Nebewi en Mauritanie s’est maintenu, en dépit de tous les changements vécus par le pays dans sa simple structure traditionnelle, unifiant sous lui et à travers les temps, tout le paysage ethnique et tribal en Mauritanie, grâce à des chants exhortant à la tolérance et relatant la vie du Prophète PSL de manière narrative.
Au fil des jours, les chanteurs du Medh ont joué un rôle majeur dans la consolidation des différentes valeurs culturelles en Mauritanie et dans la construction de ponts entre les cultures, du fait, que cela est fondamental pour la préservation de la paix, de la stabilité et du développement.
El Mehdi Ould Lemrabott
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