Le travail du cuir dans notre société est un métier féminin basé sur le tannage, la broderie et la couture des peaux de mouton, de chèvre ou de gazelle.
Cet art a connu son apogée durant les siècles derniers et est encore visible à travers les couvertures des manuscrits, les coussins en cuir coloré de motifs extraordinairement riches, de sacs traditionnels (tasoufra) et de tapis en cuir (iliwich). Les artisans spécialisés dans ces matériaux ont un savoir – faire très pointu et difficile à acquérir. Sa pérennisation et sa sauvegarde sont une nécessité vitale.
1) Tasfoura ou l’armoire ambulante
La tasoufra est un sac en cuir destiné à conserver les effets indispensables, pour le voyageur par exemple. Elle est faite à partir d’une peau de chèvre ou de mouton tannée. Cet outil requiert un long et minutieux travail de décoration de motifs jaunes ou rouges entrecoupés de bandes noires ou rouges à l’aide d’une plume adaptée à cette fin.
Les points d’ouverture sont assez espacés et peuvent se fermer hermétiquement pour garantir une sécurité en cas de déplacement.
Elle est longue d’environ 1m sur une largeur de 50 cm.
2) La khaîma (tente)
C’est l’habitat de base de la société mauritanienne traditionnelle nomade dans sa grande majorité. Elle est généralement confectionnée à partir de la poile de mouton ou de chameau, de couleur noire et prête à être démontée à tout instant pour les périples occasionnés par la recherche des pâturages aux bêtes qui constitue l’essentiel de l’économie bédouine. Les meubles de la khaîma sont surtout des nattes, des lits en bois démontables, des farou (couvertures en fourrure), des tapis en cuir (iliwich), des coussins, des perchoirs (amchekeb), en plus de divers ustensiles comme les sacs, autres que la tasoufra, appelés dhabia, countia, msarr, mizwid…
3) Coussins en cuir
Ce sont l’essentiel des moyens de commodité et de repos qui se trouve éparpillés dans la khaîma sur les nattes et les lits pour servir de support à la tête au coucher ou au coud en position demie couchée chère au mauritanien quand il entame une discussion. Le coussin est aussi utilisé par la femme en train de préparer du thé qui le met sur ses genous.
Les coussins sont le plus souvent composés de trois pièces de cuir : deux sous forme ovale, c’est le couvercle décoré et la base lisse, la troisième est une bande de couleur rose joignant les deux premières.
C’est cette bande qui détermine les dimensions du coussin paires ou impaires.
4) Tapis de prière (iliwich)
Il est spécifique aux hommes, notamment les vieux, les oulémas ou les notables. Il est utilisé pour la prière et autres cultes. Il sert également de siège à l’enseignant ou au mufti et parfois de chaise confortable sur le dos des montures (chameaux).
L’iliwich est composé d’une grande surface plane de peau tannée, colorée et richement décorée. Il comporte aussi des morceaux de miroir pour chasser le « mauvais œil ».
5) la dhabia (sac à céréales)
La dhabia ou sac à céréales ressemble à la tasoufra, mais au lieu d’une ouverture sur toute la largeur elle s’ouvre par un collier de cuir mou et pliable pour faciliter sa fermeture en le serrant par un fil de cuir. On y garde toutes sortes de céréales pour la pitance quotidienne. Elle est rarement décorée mais colorée de manière uniforme et on la met derrière la selle au cours du voyage.
6) Tiziyaten ou matelas bédouines
Ce sont deux gros sacs de cuir remplis de foin. Il s’agit du mobilier spécifique à la femme qu’elle utilise comme support de son siège de monture. Les tiziyaten ont une forme semi-carrée gonflée vers le haut et ornées de landes en cuir multicolores.
7) La guerba (l’outre)
Parmi les outils de la société rurale l’outre constitue un réservoir d’eau servant à la transporter et à la maintenir fraiche. Les guerbas ont plusieurs fonctions. Faite de peau de chèvre elle peut contenir des dates qui y sont bien conservées, tout comme le lait où il y est écrémé. De la même famille que la guerba, citons le seau d’eau en cuir (delou), la « countia » pour garder le sucre ou le thé, « oum laaraguib », « el melgata »…
8) Le farou (couverture de fourrure)
Le farou est une couverture et une literie en même temps. Il est constitué de plusieurs peaux d’agneaux disposées en parallélépipède et rassemblées par des bandes de cuir rouge. Les bordures sont ornées de dessins faits à la plume. C’est un meuble typique à la khaîma. La société maure utilise le farou dans beaucoup de proverbes : si un enfant surprend une discussion qu’il n’est pas censé connaître et qu’on veut changer la conversation on dit : « ce farou contient la peau d’un agneau » ; ce qui veut dire : les murs ont des oreilles.
9) « Amchekeb » ou le souffre tout
L’amchekeb est utilisé pendant le voyage les pieds en l’air et au repos sous la tente les pieds en bas en déposant les bagages dessus. Sur le chameau, il est disposé en forme de selle sur laquelle peut être suspendu un voile pour procurer de l’ombre aux enfants, aux femmes et aux petits ruminants.
C’est un support dont les flancs sont des planches sculptées avec les plus beaux ornements de l’artisanat local.
10) Chaussures et autres fournitures
Parmi les productions en cuir, il y a aussi les chaussures ornées de différentes couleurs. Elles sont à filaments (swadir) ou en sandales (tinbaten). Les gardes tabac et instruments de fumée (beyt) sont également en cuir richement orné. C’est le cas aussi des enveloppes des amulettes, des ceintures où les motifs sont incrustés à même le cuir.
Les amulettes et autres talismans destinés à protéger des forces surnaturelles portent des figures à l’esthétique évidente. Il s’agit donc aussi de parures qui sont le plus souvent suspendues avec ostentation. Quant à la garde tabac elle est composée de quatre pochettes ornées sur la face extérieure. Chaque pochette sert à conserver une pièce de l’arsenal du fumeur. La feuille supérieure est rattachée avec un fil de cuir.


