« Trait d’union entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne, la Mauritanie constitue un point de rencontres et de brassage entre les cultures arabes et africaines. Ce positionnement a donné à la culture mauritanienne un caractère particulier, fruit de sa diversité ethnique merveilleuse. Cela paraît clairement dans la riche tradition musicale mauritanienne, épousant les cultures arabes et africaines.
La musique traditionnelle des iggawin ou musique maure
La musique maure tire ses traits de la musique du Proche-Orient, dont on retrouve l’influence au travers des modes, mais elle a aussi absorbé les influences de la population du pays, et il est facile de reconnaître des emprunts berbères et africains, aussi bien dans les sonorités que dans le vocabulaire, bien qu’il soit difficile d’en mesurer l’ampleur.
Les Iggawin
Les Iggawin sont membres d’une caste de la catégorie des artisans, qui sont les seuls à jouer et chanter la musique traditionnelle, de manière professionnelle. Ils appartiennent à l’ethnie des Beidane, ou « maures », et leur organisation sociale est calquée sur celle des griots mandingues.
L’apprentissage du chant, qui occupe une place centrale, se fait principalement par imitation, tandis que celui de la pratique instrumentale et de la théorie musicale est nettement plus structuré.
Les instruments
Les instruments classiques par excellence sont la tidinit, réservée aux hommes, et l’ardîn, réservée aux femmes. La tidinit est un luth à quatre cordes, agrémenté de bruiteurs métalliques, disposés sur le manche ou autour de la caisse de résonnance. Le manche est enfoncé dans la caisse de résonnance, elle-même recouverte d’une peau tendue, et munie d’un chevalet. Les cordes, fixées sur la partie interne du manche, passent sur le chevalet et sont reliées à l’autre extrémité du manche par des anneaux de cuir. Les cordes sont grattées avec les ongles de la main droite, et le musicien peut utiliser son autre main pour en modifier la tension. Il souligne quelquefois le rythme, en battant la caisse de résonnance avec son pouce droit. Si le mot est d’origine berbère, on retrouve des variantes de cet instrument dans tout le Sahel : au Mali, au Sénégal et au Niger.
L’Ardîn est une harpe comportant une dizaine de cordes (le nombre étant variable). Elle est faite d’une calebasse de 40 cm à 50 cm de diamètre, recouverte d’une peau tendue, jouant un rôle de résonateur et d’un manche, d’un mètre ou plus, qui s’enfonce dans la calebasse. Les cordes sont reliées au manche par un système spécifique de chevilles en bois, qui permettent leur réglage, et à la table de percussion par un cordier qui en est solidaire. Elle est utilisée le plus souvent comme instrument à corde, mais sert aussi d’instrument à percussion.
À côté de ces deux instruments classiques, les griots utilisent quelquefois des instruments plus populaires, et pour un nombre limité de sous-types musicaux. Parmi eux figure le t’bol ou « tambour des sables », une grosse timbale au rôle social majeur, autrefois utilisée pour sonner le signal de guerre, et employée uniquement dans le mode faghou. Ledaghumma, calebasse évidée à ses deux extrémités, qui sont frappées avec la main et la cuisse, produit un son assez discret, qui souvent est recouvert par celui produit par un collier métallique fixé autour de la calebasse. Le rbab est une petite vielle monocorde, frottée à l’aide d’un archet.
Enfin, plus récemment, avec le mouvement d’internationalisation et de modernisation de la musique traditionnelle, il n’est pas rare de voir la guitare sèche venir remplacer la tidinit.
Les modes et les voies
Il existe 4 modes représentant autant de tendances émotionnelles : karr, la joie, utilisé pour les chants de louanges, faghou, la bile, utilisé pour les chants guerriers ou pour exprimer le courage, la fierté, siguim, la sensibilité, utilisé pour exprimer les sentiments, et beigi, qui reflète la tristesse, la nostalgie ou la souffrance. Chacun de ces modes se décline au sein d’une « voie » ou « couleur », qui sont au nombre de trois : le-khal (noire), le-biadh (noire) et zrag (tachetée). Le chant répond à une forme d’unité par proximité, et à un nombre limité d’enchaînements possibles au sein d’une même voie très codifiés.
Ces modes définissent l’octave choisi pour régler l’instrument, mais s’éloignent des modes connus en Occident : ainsi « il existe par exemple, dans le mode karr, des hauteurs sonores situées à plus d’une octave par rapport au pôle modal le plus grave, qui n’ont apparemment jamais d’homologue (par réduction d’octave) dans le registre inférieur.


