Sous le Haut Patronage de Son Excellence Le Colonel Ely Ould Mohamed Vall, Président du Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie, Chef de l’Etat, le Ministère de la Culture, de la Jeunesse et des Sports a organisé les 6,7 et 8 avril 2006 des « journées de réflexion sur la culture et le patrimoine culturel mauritaniens ».
Ces journées se sont déroulées sous la présidence effective du Premier Ministre SEM Sidi Mohamed Ould Boubacar qui a mis l’accent, dans son discours d’ouverture, sur leur importance et fixé les grandes orientations qui en ont guidé les travaux.
Elles ont vu la participation de représentants de pays frères et amis (Algérie, Mali, Sénégal et Tunisie), d’organisations internationales spécialisées (Unesco, Isesco, Alecso), de dizaines d’experts étrangers et nationaux, de représentants des départements ministériels concernés par l’action culturelle, de la société civile, des média ainsi que des cadres du Ministère de la Culture, de la Jeunesse et des Sports. En tout près de deux cents personnes y ont pris la parole.
Au cours de ces journées les participants ont commencé par entendre une communication, faite par le Ministère de la Culture, de la Jeunesse et des Sports, portant sur l’état des lieux du département et sur la problématique culturelle en général.
Après avoir décrit le contexte dans lequel sont organisées ces journées, le rôle et les objectifs des pouvoirs publics en la matière ainsi que les grandes orientations stratégiques arrêtées pour y parvenir, ce document a exposé l’organisation administrative centrale du département de la culture, de la jeunesse et des sports et des établissements sous sa tutelle, ses ressources humaines et ses infrastructures. Les chevauchements institutionnels, dysfonctionnements, vides juridiques et autres insuffisances ont été clairement mis en exergue, appelant ainsi les observations des participants.
Enfin les grandes lignes du programme biennal 2006-2008 ont été présentées.
Cette présentation a été suivie, toute la journée durant, par plusieurs communications, en plénière, présentées par les experts et les représentants des pays et organisations invités décrivant leurs expériences respectives en la matière.
I. Compte rendu des conférences
La première communication a été présentée par Monsieur Mohamed Ould Maouloud Ould Daddah qui a appelé à ce que le département vise des objectifs à long terme plus ambitieux, donnant une place importante à la protection de notre patrimoine. Il a également souligné la nécessité pour notre pays de continuer à jouer le rôle qui fut le sien dans la diffusion de la culture arabo-islamique dans la sous région; tout comme il doit intensifier ses relations culturelles pour maintenir et développer ce rôle. Abordant un autre aspect de la question Monsieur Ould Daddah a souhaité voir la sensibilisation au patrimoine commencer à l’école et l’enseignement du dessin réintroduit pour susciter les vocations chez nos futurs ingénieurs, architectes, etc…
Prenant la parole à sa suite Monsieur Mamadou Hadya Kane fit une communication sous le thème « Le rôle des musées dans la valorisation de l’héritage culture ». Introduisant sa conférence par une description du patrimoine mauritanien soulignant sa diversité et regrettant l’absence d’une véritable politique du patrimoine, Monsieur Kane développa sa vision du rôle des musées : collectionner, conserver, rechercher certes mais aussi distraire, sensibiliser et éduquer. En conclusion, il fit remarquer que relever de tels défis nécessite des moyens immenses, soutenus par une prise de conscience de l’importance des musées et une ferme volonté politique de les développer.
Ce fut ensuite le tour du représentant de l’Unesco d’exposer à l’assistance la contribution de son organisation sous forme d’ « Eléments de politiques culturelles pour le développement ». Monsieur Mohamed Ould Khattar fit un rappel synthétique et clair des principes et recommandations relatifs aux politiques culturelles qui furent adoptés par la « conférence intergouvernementale sur les politiques culturelles pour le développement » tenue à Stockholm en 1998. Cette intéressante contribution a inspiré le chapitre du présent rapport consacré aux « principes et objectifs de la politique culturelle ».
Monsieur Néjib El Ghiati Saleh représentant de l’Isesco, lut la communication de son institution qui salue la conscience claire qu’ont les autorités mauritaniennes du rôle de la culture dans le développement durable, comme en témoigne, selon lui, l’initiative de l’organisation de ces journées. Cette communication, basée sur l’expérience de cette organisation en matière de développement culturel met en exergue le rôle des législations, notamment à travers la mise en place d’un Conseil National de la Culture, comme préalable à la protection et la mise en valeur du patrimoine culturel, le rôle des institutions de formation, des industries culturelles et du droit d’auteur, celui de la société civile et du mécénat et, enfin le tourisme culturel.
Monsieur Ridha Tlili, représentant de l’Alecso, après avoir souligné le rôle, incontournable de nos jours, du patrimoine et de la culture dans tout processus de développement durable, présenta au nom du directeur général de cette organisation une communication portant sur la stratégie de développement culturel de l’Alecso. Tout en insistant sur le rôle de la culture dans la préservation de l’identité nationale, cette stratégie mentionne également son influence sur le développement social notamment par le biais de la création d’emploi, la promotion de l’artisanat et du tourisme culturel. Il a rappelé à cet égard la nécessité d’un cadre juridique qui protège le patrimoine, de l’adhésion aux conventions internationales en la matière, la recherche de l’inscription sur la liste du patrimoine mondial et l’assiduité aux organisations internationales actives dans le domaine.
Pour finir Monsieur Tlili a félicité, au nom du directeur général de l’Alecso, le ministère mauritanien de la culture pour l’organisation de ces journées et pour avoir inscrit le patrimoine au cœur des stratégies nationales de développement social.
Quant à Monsieur Sid Ahmed Ould Déye, il choisit de parler successivement des aspects positifs et négatifs de notre environnement culturel. Parmi les seconds il cita l’absence d’incitation à la création et d’investissement dans le domaine culturel, la dépendance totale vis-à-vis de l’Etat et l’inexistence de maisons d’édition. Pour y remédier Monsieur Ould Déye propose, dans le domaine institutionnel, la réunification des secteurs de la culture et de l’information en un seul département ministériel, la création d’un Conseil Supérieur de la Culture et celle d’un Conservatoire des Arts. D’autres mesures pratiques ont été également proposées.
Le docteur Mohamed Ould Boualeïba, professeur à l’université de Nouakchott, présenta une conférence intitulée « Tradition orale, tradition écrite en Mauritanie, genèse et évolution » et traitant de la poésie et de la musique mauritaniennes. Cette conférence a permis aux participants d’apprécier les menaces qui pèsent sur cette composante de notre patrimoine culturel immatériel et l’urgence d’actions visant à le préserver.
Monsieur Samuel Sidibé, directeur du Musée National du Mali à Bamako a présenté l’expérience de son pays en matière de politique et d’administration de la culture. Assez proche de la nôtre à certains égards, cette expérience s’en distingue cependant par l’existence d’une direction nationale du patrimoine culturel, d’une structure autonome chargé des (du) musée(s) et de missions culturelles régionales traduisant leur souci de rapprocher la culture des populations. De plus la réflexion des autorités maliennes est actuellement tournée vers la création d’une agence de promotion du patrimoine culturel dans un objectif d’insertion de la culture dans une logique économique.
Monsieur Sidibé a, enfin, mis en exergue le rôle primordial de la prise de conscience politique dans le succès de toute action dans le domaine de la culture et du patrimoine.
Monsieur Hamady Bocoum, directeur du patrimoine au Sénégal présenta une communication intitulée « Le cadre juridique du patrimoine au Sénégal ». Ce cadre, hérité comme le nôtre de la législation française d’avant les indépendances, et notamment la loi de 1913, et des instruments normatifs internationaux, n’en est finalement pas très différent. Seulement la prise de conscience du rôle de la culture dans le développement a peut être été plus précoce au Sénégal grâce au président Senghor qui avait mis « la culture au début et à la fin du développement ».
Sur le plan institutionnel trois directions centrales se partagent les tâches propres à la culture et au patrimoine : la direction des arts, la direction de la cinématographie et la direction du patrimoine. D’autres services, tels le bureau des droits d’auteurs et le festival des arts et de la culture, complètent le dispositif en charge de l’administration de la culture dans ce pays. Ce pays commence à s’orienter vers la décentralisation de l’action culturelle. Il est confronté aux mêmes menaces de pillage du patrimoine d’où la nécessité de faire la police ensemble pour y faire face. Tout comme il se propose de promouvoir la diversité culturelle pour faire face au génocide culturel annoncé par la mondialisation et la pensée unique.
Monsieur Moustapha Khannoussi, directeur du Centre des Sciences et Techniques du Patrimoine en Tunisie présenta une communication intitulée « la gestion et mise en valeur du patrimoine en Tunisie ». Il y a amplement développé l’expérience, déjà ancienne, de son pays. En Tunisie un rôle nouveau a été assigné au patrimoine culturel : servir de ressource pour le développement durable. A ce titre la part de la culture dans le budget national est passée à 1% et sera portée à 1,5% d’ici 2009.
Côté institutionnel, en plus de l’encadrement central, deux grands établissements sont en charge du patrimoine en Tunisie : l’Institut National du Patrimoine qui s’occupe de la recherche, l’étude, la sauvegarde, la mise en valeur et même la création de musées. Et, depuis 1988, l’Agence de Mise en Valeur et de Promotion du Patrimoine Culturel qui, ayant un caractère non administratif, peut mobiliser des fonds provenant d’autres sources que le budget de l’Etat. Les missions de cette agence sont l’exécution de la politique de l’Etat en matière de patrimoine et la participation au développement du tourisme culturel. Enfin la Tunisie s’est dotée d’instruments juridiques tels que le Code du patrimoine de 1994 et la Carte nationale des sites archéologiques et des monuments historiques, et de formation : l’Institut National des Métiers du Patrimoine.
Quant au docteur Sabri Hafedh, professeur à Oxford, il présenta une communication intitulée « Le rôle de l’Etat dans l’action culturelle».
Dans la première partie de son intervention il présenta ce qui, généralement, relève de l’Etat tel que la planification de l’action culturelle (à travers un Conseil National de la Culture), les aspects législatif et exécutif (législations et structures administratives), l’infrastructure lourde et les réseaux de diffusion (musées, salles de spectacles, bibliothèques, etc…), la collecte et les inventaires et enfin la formation (instituts spécialisés, académies, …)
Dans la deuxième partie il s’attela à discuter les niveaux d’engagement de l’Etat dans l’action culturelle à travers la comparaison de cas concrets.
Dans le premier cas l’Etat, qui n’a pas de véritable ministère de la culture, se contente d’appuyer l’action culturelle à travers un Conseil des Arts décentralisé, financé par l’Etat, et qui soutient, sur une base concurrentielle, les projets présentés par les créateurs artistiques et culturels. Ce système est essentiellement élitiste.
Dans le deuxième cas l’Etat agit directement sur le champ culturel à travers le Conseil Supérieur de la Culture qui planifie et le Ministère de la culture qui exécute et produit à travers des secteurs spécialisés. Enfin un fonds de développement culturel permet au ministère de lever des moyens d’autofinancement supplémentaires.
Soulignons enfin que Madame Rachida Zadem, directrice au ministère algérien de la culture, qui n’a pu s’exprimer en plénière pour cause de retard d’avion, a présenté en atelier une intervention sur «la législation algérienne relative à la protection du patrimoine culturel et le cadre institutionnel de la protection ». Outre les mécanismes juridiques de protection prévus par la loi, ce pays dispose, au niveau central, d’une structure scientifique et technique chargée de définir la politique en matière de conservation et de restauration et de veiller à sa mise en œuvre, et d’une autre s’occupant de la protection du patrimoine culturel et de la définition des politiques de sa valorisation. Ces structures sont prolongées localement par des directions régionales.
Quant aux institutions sous tutelle, elles sont au nombre de trois : un centre national de recherche en archéologie, un office de gestion et d’exploitation des biens culturels et une école de conservation et de restauration. Les musées sont en voie de réorganisation et une réflexion est en cours pour la mise ne place d’une stratégie dans le domaine du tourisme culturel.
Monsieur Pierre Bonte a également développé en atelier « une nouvelle politique de la culture dans la perspective du développement économique, social et culturel de la Mauritanie » dans laquelle il suggère que la politique du ministère vise à renforcer ses capacités et à aménager des collaborations entre ministères là où elles s’imposent. Il a également suggéré la mise en place de structures permettant d’impliquer la société civile, telles qu’une Fondation d’aide à la création artistique et littéraire et un Conseil du patrimoine.
Pour renforcer les fonctions du Ministère M. Bonte propose de le réarticuler autour de trois directions (Arts et action culturelle, Livre et lecture et enfin direction du Patrimoine) que viendraient appuyer des cellules sous la responsabilité directe du Ministre pour les missions essentielles.
Dans l’intervention qu’il a prononcé, en atelier également, Monsieur Jean-Marie Arnoult a mis l’accent sur la nécessité de réformer le dispositif législatif régissant le dépôt légal, actuellement dispersé entre les archives nationales et la bibliothèque nationale. Il a attiré l’attention sur la situation anachronique induite par le regroupement, au sein d’un même établissement, des musées et de la bibliothèque nationale.
Après avoir entendu les conférences et communications des représentants des pays et organisations et des experts invités les participants se sont partagés en deux ateliers consacrés, l’un, aux « politiques culturelles » et l’autre au « volet institutionnel ».
Ces ateliers ont duré, chacun, deux journées pleines et donné lieu à des débats francs et animés au cours desquels les communications de la veille ont été développées et critiquées et les expériences discutées et analysées à la lumière des réalités mauritaniennes.
Les experts et intellectuels nationaux ainsi que les animateurs des associations actives dans le domaine de l’action et du patrimoine culturels ont pu présenter leurs expériences et expliquer leurs attentes, dans des domaines parfois très spécifiques.
Les débats, qui ont été l’occasion de la manifestation de toute la diversité culturelle de la Mauritanie, ce sont déroulés dans un climat empreint de liberté d’expression et de critique constructive, mais aussi de sérénité et de responsabilité. Ils ont permis aux participants, pour la première fois pour la plupart d’entre eux, de développer, en présence des décideurs et responsables du ministère de la culture, leur vision du département, de critiquer ses performances passées et actuelles et présenter des propositions de réforme.
De ces débats est sorti un foisonnement de propositions très hétéroclites, parfois même contradictoires, et touchant à tous les aspects de la problématique culturelle. Suivant les préoccupations de leurs auteurs, certaines de ces propositions sont restées générales, d’autres très spécifiques mais toutes traduisent fidèlement l’intérêt des intervenants et leur engagement pour le renouveau de la culture de ce pays et sont, sans aucun doute, de nature à contribuer, si elles sont prises en compte, à son développement..
C’est pourquoi, après en avoir synthétisé la substance dans le résumé qui suit, nous rappelons in extenso, celles qui ont le plus fréquemment été citées.
II. Synthèse des travaux
Principes et objectifs d’une politique culturelle
Au cours de leurs débats et interventions les participants ont été unanimes à souligner que le patrimoine culturel doit constituer le pilier principal de notre politique culturelle. Ils ont aussi mentionné que toute politique culturelle, pour être efficiente, doit être fondée sur des principes directeurs clairement formulés et des objectifs réalistes.
Parmi les principes qui devront orienter la nôtre, les participants considèrent que la culture doit :
- Servir l’unité nationale et la cohésion sociale à l’intérieur du pays et à la paix et l’amitié entre les peuples à l’extérieur ;
- Contribuer à la préservation de l’identité et de la mémoire nationales tout en demeurant ouvert aux apports extérieurs;
- Elargir la base de la concertation nationale et garantir la participation des citoyens à la vie nationale ;
- Promouvoir et valoriser la culture et le patrimoine culturel national ;
- Assurer l’espace nécessaire à l’épanouissement des capacités créatrices des citoyens ;
- Respecter, intégrer et promouvoir la diversité culturelle du pays et en garantir l’accès à tous les citoyens ;
- Concourir à l’émergence d’un cadre propice à un développement endogène et durable et être un élément clé de toute politique nationale de développement ;
Pour arriver à ces objectifs l’Etat devrait organiser et accompagner la scène culturelle au mieux des capacités créatrices de nos communautés et individus par la mise en place du cadre juridique et administratif adéquat, des infrastructures appropriées et des ressources nécessaires. Il devra définir les axes de la politique en matière culturelle et fixer les priorités stratégiques sans intervenir directement dans la production et l’animation culturelles proprement dites.
A cet effet l’état encouragera l’implication de la société civile et des organisations non gouvernementales, de même que le mécénat et le secteur privé.
Il veillera à l’intégration de la dimension culturelle dans toutes les politiques sectorielles et la concertation entre tous les départements ministériels lors de leur mise en œuvre.
Sur un autre plan, les participants ont mis en garde contre les dérives liées à l’instrumentalisation de la culture.
Enfin ils ont été unanimes à constater qu’aucune politique culturelle ne peut donner de résultat si elle n’a pas les moyens humains et financiers permettant d’y parvenir.
A cet effet ils ont souhaité voir la part du département de la culture dans le budget de l’Etat augmenter sensiblement et rapidement et les compétences de ses ressources humaines renforcées.
Volet institutionnel
En matière institutionnelle il est un principe dont le respect doit guider toute politique : la séparation des niveaux de définition et de conception des programmes, leur évaluation et celui de leur exécution et mise en œuvre. En plus du respect de ce principe, trois critères doivent guider l’organisation institutionnelle des administrations : les objectifs qui leurs sont fixés, la nature des missions dévolues et la recherche de l’efficacité.
Ayant affirmé ces principes, les intervenants ont, au cours de leurs débats, suggéré, parmi plusieurs schémas institutionnels, la création d’un ministère chargé exclusivement de la culture.
En tout état de cause, et en raison de l’aspect transversal de l’action culturelle, ils ont recommandé la recherche de synergies et la mise en place de coordinations entre les départements ministériels impliqués, même indirectement, dans cette action.
Sur le plan juridique les textes existants doivent être revus, étoffés, harmonisés et adaptés aux circonstances nouvelles.
S’agissant de l’organisation administrative, il ressort des interventions qu’elle peut être articulée autour de trois sous-secteurs : le sous-secteur du patrimoine culturel, celui de l’animation culturelle et artistique et enfin le livre et la lecture publique.
Chacun de ces sous-secteurs peut être organisé de différentes manières comme le montrent les expériences présentées au cours des journées et qui font ressortir une grande variété de schémas institutionnels possibles.
Toutes cependant s’accordent sur un point : le patrimoine culturel constitue une préoccupation majeure des ministères de la culture dans les pays de notre sous-région.
Cette préoccupation se traduit généralement par l’existence d’une direction chargée du patrimoine culturel, ainsi que d’institutions autonomes chargées de son étude, de sa sauvegarde et de sa mise en valeur.
Cette préoccupation semble aussi largement partagée par les participants aux journées qui ont mis un accent particulier sur les dysfonctionnements résultant de l’inadéquation actuelle de l’organigramme du ministère, notamment le regroupement du musée et de la bibliothèque nationale ainsi que la séparation d’activités de sauvegarde et de protection du patrimoine intimement liées.
Les débats ont été riches en propositions ; certaines portant sur la création de structures ou d’institutions spécialisées et d’autres sur des actions ponctuelles.
Mais l’urgence de la nécessité de créer un conseil national de la culture et du patrimoine a été largement évoquée.
Dans le domaine du livre et de la lecture un certain nombre de propositions visant à favoriser l’émergence d’une offre nationale en matière d’édition et de diffusion du livre et corriger les incohérences actuelles ont été formulées.
Dans le sous-secteur de l’animation culturelle et artistique les participants ont demandé la reconnaissance du métier d’artiste et sa réorganisation. Ils ont demandé de prévoir dans le schéma directeur des plans d’aménagement urbains des espaces destinés aux activités et infrastructures culturelles.
Dans le domaine des ressources humaines, les participants ont fortement recommandé la mise à niveau des compétences en matière de gestion et d’animation culturelle par des programmes appropriés. Tout comme ils ont appelé à la création de structures de formations aux divers métiers du patrimoine.
Enfin les participants recommandent que, quelle que soit l’organisation qui sera retenue, l’on prenne soin à éviter les effets néfastes d’une multiplication des institutions qui, au lieu d’être de véritables instruments opérationnels au service de notre patrimoine, se transformeraient en autant de sources de blocage et de dispersion des efforts et des moyens.
A cet égard il serait opportun d’envisager un cadre organisationnel comportant un nombre limité de structures administratives classiques dotées de moyens conséquents et appuyées, le cas échéant, par des unités de missions (projets, cellules).
Les participants se sont aussi félicités de l’organisation de ces journées qui, en fournissant l’occasion de débattre et de discuter de questions nationales d’importance, traduisent fidèlement les orientations du Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie et du Gouvernement de transition visant à élargir le cadre de la concertation nationale et impliquer la société civile dans la formulation des politiques nationales, et souhaitent que les recommandations qui y ont été formulées trouvent rapidement le chemin à la concrétisation.
Ils ont enfin félicité et remercié le Ministère de la Culture, de la Jeunesse et des Sports pour en avoir pris l’initiative.
II. Principales recommandations présentées lors des ateliers
a) Dans le domaine du patrimoine culturel,
- Allocation d’au moins 5% des nouvelles ressources à l’investissement culturel ;
- Mise en place du conseil national du patrimoine ;
- Mise en place d’une loi de protection du patrimoine immatériel ;
- Adaptation de la législation au nouveau contexte créé par le développement des industries extractives, notamment par l’introduction du principe de l’archéologie préventive dans notre arsenal juridique ;
- Création d’une direction du patrimoine culturel comme dans les autres pays;
- Renforcement des moyens infrastructurels du ministère, et en particulier de l’IMRS ;
- Fusion entre l’IMRS et la FNSVA ;
- Retour de la FNSVA à sa mission et à son ancrage institutionnel initiaux comme agence de développement ;
- Réalisation de l’inventaire général du patrimoine culturel ;
- Reprise des fouilles dans les sites majeurs du pays,
- Création d’une structure de formation aux métiers du patrimoine ;
- Réhabilitation des mahadras ;
- Codification des métiers culturels ;
- Conservation et mise en valeur de certains sites, tel celui de l’Imam El Hadrami ;
- Protection de l’artisanat et des métiers traditionnels ;
- Lutte contre le pillage du patrimoine, au besoin en coordination avec les pays limitrophes ;
- Développement du tourisme culturel ;
- Création d’une direction nationale des musées ;
- Rattachement du musée national à l’institution en charge du patrimoine ;
- Création de musées régionaux spécialisés, notamment Imraguen et de l’histoire de Nouakchott ;
- Rapatriement des collections muséales nationales se trouvant à l’étranger ;
- Encourager le retour des compétences nationales installées à l’étranger ;
- Organisation de journées de réflexion sur les musées ;
b) Dans le domaine du livre et de la lecture un certain nombre de propositions
visant à rectifier les insuffisances actuelles ont été formulées. On peut ainsi citer :
- Instauration d’un Conseil National d’Edition ;
- Retour du dépôt légal à la bibliothèque nationale ;
- Séparation des musées de la bibliothèque nationale ;
- La nécessité d’un réseau de bibliothèques décentralisées ;
- Révision du mode de fonctionnement de la Direction de la Lecture Publique ;
- Reverser les Maisons de Livres dans la lecture publique au sein du MCJS et leur transformation en maisons de la culture et des arts;
- Création d’une maison d’édition cofinancée par l’Etat et les mécènes privés ;
- Donner un intérêt particulier au livre national ;
- Création de périodiques culturels ;
- Création de nouveaux prix culturels ;
- Protection de la propriété intellectuelle ;
- Encouragement de la liberté de création ;
- Inscription des auteurs mauritaniens aux programmes d’enseignement ;
- Instauration une politique nationale du livre ;
- Participation aux salons du livre.
c) Dans le sous-secteur de l’Animation culturelle les propositions suivantes ont été avancées :
- Création d’un conseil national pour le développement du théâtre ;
- Créer un établissement de formation aux arts plastiques ;
- Création d’une structure nationale du théâtre et intégrer dans la fonction publique tous les professionnels ;
- Appui aux artistes et aux associations culturelles ;
- Mise en place d’une base de données recensant tous les travaux déjà réalisés ;
- Transformer les maisons de jeunes en maisons de la culture ;
- Prévoir des espaces culturels dans les plans d’aménagements urbains ;
- Organisations de festivals culturels annuels ;
- Décentralisation de l’action culturelle ;
- Sauvegarde et mise en valeur de la musique traditionnelle ;
- Organisation de spectacles ;
- Création d’une troupe nationale ;
- Assistance aux troupes artistiques ;
d) Dans le domaine des ressources humaines, il a été proposé :
- Mise en place d’une politique de formation adaptée aux besoins du secteur ;
- Création d’une direction de la formation au sein du ministère de la culture,
- Mise en valeur des compétences humaines existantes au sein du MCJS ;
- Mettre en place une bibliographie au sein de la BN ;
- Création d’un corps national de conservateurs du patrimoine;
- Assurer des formations professionnelles moyennes ;
- Formation des agents de sécurité et les douaniers sur les dangers du pillage du patrimoine ;
- Doter le MCJS de l’infrastructure nécessaire à la réalisation de ses missions ;
En conclusion
La diversité des acteurs présents à ces journées (Etats, agences internationales, organisations de la société civile, mécénat, secteur privé…) et des expériences présentées, la richesse des débats et la pertinence des propositions révèlent combien l’initiative de tenir ces journées est heureuse et vient satisfaire une attente réelle.
L’analyse croisée des expériences des pays invités a démontré que sans une volonté politique au plus haut niveau de l’Etat il y a peu de chance qu’un pays connaisse un véritable développement culturel, tant la problématique est complexe et exigeante.
Elle a aussi montré que la gestion de la culture est un processus qui appelle des remises en question permanentes et des réadaptations continues tant au niveau national qu’international.
Ella a enfin permis de constater l’évolution internationale du rôle de l’Etat vers celui de promoteur et de régulateur plutôt que d’acteur direct ou de producteur de biens culturels. Ainsi que la nécessaire implication du mécénat et du secteur privé dans le financement de l’action culturelle.